Groupe de recherches interdisciplinaire "Mauvais Genre".

Femmes et politiques éducatives, XVIIIe-XXe siècles.




Débats et résistances autour de la mixité dans l'éducation


Programme Provisoire des Journées d'études

30-31 mai 2002

Université Marc Bloch


Programme

Résumés des communications



Nathalie HILLENWECK (Université Marc Bloch)

Les femmes dans l'Université Allemande : le cas de la Kaiser-Wilhelms-Universität de Strasbourg

En Allemagne, le débat autour de l'admission des femmes dans les universités en tant qu'étudiantes est particulièrement vif sous l'influence des revendications des mouvements féministes dans les années 1880-1890. La Kaiser-Wilhelms-Universität de Strasbourg ne fait pas exception et elle est à bien des égards représentative de la situation allemande avec des particularités, notamment par rapport aux universités du pays de Bade (Freiburg, Karlsruhe) qui ont admis les étudiantes de plein droit dès 1901 alors que Strasbourg devra attendre le règlement de la question en Prusse pour que l'inscription officielle des étudiantes soit autorisée en octobre 1908. Mais dès 1899, certaines femmes, notamment des enseignantes, avaient accès à l'université de Strasbourg en tant qu'auditrices libres.
Le tableau que nous nous proposons de brosser ne saurait être qu'une première approche de la question dans le contexte précis de l'Université de Strasbourg à l'époque wilhelminienne.
Ainsi nous évoquerons certains aspects du débat - en vigueur dans le monde universitaire dans les années 1880-1890 - concernant la capacité des femmes à effectuer des études supérieures. A cette fin, nous nous référerons plus précisément à des discours, plutôt hostiles, tenus dans ces années-là par certains (futurs) professeurs de la Kaiser-Wilhelms-Universität.
La période 1899-1908 est marquée par les demandes réitérées en faveur de l'accès des femmes à l'université de Strasbourg. Dans ce cadre, nous concentrerons notre attention sur les prises de position des universitaires, des étudiantes et du gouvernement de Berlin ainsi que sur les éléments qui ont pu les influencer. Ainsi le rapport direct que l'université entretient avec la Prusse a certainement joué un rôle dans l'accès relativement tardif des femmes en tant qu'étudiantes de plein droit.
En dernier lieu, nous esquisserons un tableau d'ordre statistique des auditrices libres et - plus tard - des étudiantes à l'époque wilhelminienne (nombre, répartition par faculté). Le cas échéant, on apportera pour l'une ou l'autre d'entre elles quelques précisions quant à son parcours.


Elke KLEINAU (Université de Cologne)

Recherches sur les femmes, la famille, la jeunesse et le genre : les femmes dans la science ou les débuts de la recherche sociale empirique dans les sciences de l'éducation

Je vais tenter dans ma communication de retracer l'entrée des femmes dans la science, en particulier dans le domaine du travail social au début du XXe siècle. Le postulat émis par Theresa Wobbe à propos des femmes et de la sociologie, à savoir qu'elles sont toutes deux des " nouveaux arrivants " (newcomer) dans le système scientifique traditionnel s'applique également au cas des femmes et du travail social. Mais alors que la sociologie s'est rapidement développée pour devenir une discipline scientifique autonome et reconnue, le caractère scientifique du travail social a été et est encore parfois remis en question. Contrairement aux premières sociologues qui ont franchi dans les années vingt les obstacles du parcours universitaire que sont la thèse de doctorat et l'habilitation, les pionnières dans le domaine du travail social n'ont qu'exceptionnellement et dans le cadre d'une trajectoire inhabituelle bénéficié d'une formation universitaire. De ce fait, la communauté scientifique ne les a pas reconnues comme faisant partie des siens. Cette double difficulté constitue peut-être la raison pour laquelle les premiers travaux de recherche n'ont reçu qu'un accueil réservé au niveau du discours scientifique de l'époque et qu'ils ne sont actuellement pour ainsi dire jamais mentionnés dans les aperçus historiques relatifs au domaine socio-éducatif. Ces travaux, souvent au carrefour de plusieurs disciplines, constituent cependant des études empiriques tout à fait novatrices réalisées dans les domaines de recherche concernant les femmes, le genre, la jeunesse et la famille. A l'aide de quelques exemples, je vais d'une part retracer le parcours scientifique des chercheuses et d'autre part analyser les sujets d'étude retenus par celles-ci ainsi que les approches méthodologiques choisies pour les aborder.


Christine D. MYERS (Université de Wisconsin, Whitewater)

" Knocking at the Door " : Women's Admission to Scottish Universities in the Late Nineteenth Century

Women in Scotland who wished to enter male institutions of higher education in the nineteenth century faced many of the same challenges of women in other European countries. In Britain, the idea of "separate spheres" was the main reason women were not allowed into universities, because they were expected to remain in the homes. As a result of this, many people thought there was no reason for women to receive higher education. Opponents of women's access to universities also thought that women could not handle the physical strain of academic competition, or believed that it was possible to educate women too much, leaving them unwilling to get married or have children. The final area of concern was a moral and religious one, as people were often concerned that it was inappropriate for men and women to be educated together, and in some cases, that it would be dangerous to practice coeducation.
In Scotland the entrance of women to universities was made easier by the expansion of the British Empire. Women were needed as teachers and doctors in colonies where men could not perform these duties. In particular, men were not allowed to examine women patients in India because it went against religious beliefs there. With this in mind, the British Parliament passed legislation that opened Scottish universities to women in 1892.
This paper will consider the struggles of women to enter Scottish universities from three perspectives -- those of society, those of the male students, and those of the women themselves -- as well as the adjustment of all involved to the new university environment.

En Ecosse, les femmes souhaitant intégrer des établissements d'enseignement supérieur masculins au XIXe siècle sont confrontées à des difficultés très similaires à celles rencontrées par leurs homologues dans d'autres pays européens. En Grande-Bretagne, l'idée de l'existence de " sphères séparées " constitue la raison principale de la fermeture de l'accès à l'université aux femmes, censées rester au foyer. Nombreux sont ceux, en conséquence, qui pensent qu'une éducation supérieure en faveur des femmes ne se justifie pas. Les opposants à l'accès des femmes à l'université avancent également que celles-ci ne sont pas à même de supporter la tension que génère la compétition intellectuelle, ou craignent la possibilité de trop éduquer les femmes, ce qui les rendrait peu désireuses de se marier et d'avoir des enfants. La morale et la religion, enfin, constituent un dernier domaine suscitant des inquiétudes, l'idée qu'il ne convient pas d'éduquer ensemble hommes et femmes, voire dans certains cas qu'il serait dangereux de pratiquer la mixité, étant fréquemment soulevée.
En Ecosse, l'entrée des femmes à l'université est facilitée par l'expansion de l'Empire britannique. Il faut en effet des femmes enseignantes et docteurs dans les colonies où les hommes ne peuvent accomplir ces tâches. En Inde en particulier, les médecins hommes ne sont pas autorisés à examiner les malades de sexe féminin, car cela va à l'encontre des croyances religieuses locales. Pour tenir compte de ce type de situation, le parlement britannique met en place une loi ouvrant les universités écossaises aux femmes en 1892.
Cette communication s'intéressera aux luttes des femmes pour intégrer les universités écossaises selon trois points de vue différents - celui de la société, celui des étudiants de sexe masculin, et celui des femmes elles-mêmes - ; elle examinera également l'ajustement de l'ensemble des protagonistes au nouvel environnement universitaire.


Marie-Jeanne DA COL RICHERT (Université Marc Bloch)

L'enseignement secondaire en Irlande : mixité et égalité

L'étude en préparation porte sur les politiques éducatives en Irlande ; elle est centrée sur la question de la mixité dans les établissements secondaires, mise en place dans les années cinquante dans ce pays, mais qui s'est généralisée vingt ans plus tard.
On s'attachera à mettre en relief le contexte dans lequel la mixité s'est imposée (création du collège unique ou comprehensive schools à la même époque), les raisons ayant guidé le choix des autorités à l'époque, et les résistances rencontrées.
Dans un deuxième temps, une synthèse des effets de la mixité est proposée à partir de travaux de recherches effectués par des universitaires du pays au milieu des années 90 ; les mesures adoptées par les équipes éducatives pour combattre les effets négatifs de la mixité sont évoquées.
Le facteur religieux lié au rôle primordial de l'Eglise catholique dans l'enseignement secondaire fait l'objet d'une réflexion spécifique ; en effet, une proportion importante d'écoles sont non mixtes, notamment des écoles de filles et il convient de faire le point sur le rôle et l'influence de l'Eglise en la matière.
On tentera d'apporter des éléments de réponse à la problématique suivante : la mixité s'accompagne-t-elle d'une remise en question de la norme calquée sur la division traditionnelle des rôles prônée par l'Eglise dominante ? L'enseignement secondaire tel qu'il est organisé en Irlande actuellement est-il à même de corriger les iniquités sociales, de combattre le sexisme en particulier, mission de l'école telle qu'un Livre Blanc de 1992 la définit ?


Michelle ZANCARINI-FOURNEL (Professeure d'histoire, IUFM de Lyon)

De l'affaire des foulards (1989) à la Coupe du monde de football (1998), deux visions de la mixité en histoire du temps présent ?

A travers les images véhiculées par la télévision et par la presse, la communication se propose de comparer la construction de " l'idéal-type " de la mixité " à la française ", lors de deux événements remarquables à des titres divers de l'histoire du temps présent : l'affaire dite " des foulards " dans un collège de Creil qui a occupé la scène politique et médiatique à l'automne 1989, et l'appréciation de la présence dans l'espace public lors de la Coupe du monde de football à l'été 1998, de filles et de fils de familles venues du Maghreb, célébrée comme symbole de l'intégration républicaine par l'événement sportif. Ces deux portraits de groupe, en apparence contradictoires, de jeunes filles maghrébines les unes voilées, les autre maquillées en tricolore, témoignent en réalité du même idéal-type d'une mixité laïque, celle de l'école républicaine, creuset de la confusion des genres.


Claude ZAIDMAN (Université de Paris VII)

L'universalisme républicain remis en doute : inquiétudes autour de la mixité dans le système éducatif français

L'idée de mixité, qu'il s'agisse de mixité sociale ou de mixité entre les sexes se construit contre le principe de sociétés clivées où les différences entre les individus sont analysées et socialement traitées à partir d'une appartenance à une catégorie sociale. Dans le cas des catégories de sexe, l'argument en faveur d'une séparation scolaire et pédagogique des sexes repose sur l'idée d'une dualité de nature entre les sexes. Par contre l'idée de mixité ouvre à une conception d'une société ouverte où les rôles ne sont pas figés en fonction de statuts attribués à la naissance.
Toutefois l'observation sociologique de la mixité scolaire, telle qu'elle est mise en oeuvre dans les sociétés où elle est instaurée de façon dominante, manifeste ses limites : la mixité ne conduit pas obligatoirement à l'égalité. Bien que formés ensemble dans les mêmes institutions scolaires, filles et garçons ne s'orientent pas de la même façon et ne réalisent pas les mêmes parcours scolaires, femmes et hommes ne font pas les mêmes métiers ou les mêmes carrières professionnelles. Elle ne conduit pas non plus nécessairement à des rapports entre filles et garçons, femmes et hommes plus harmonieux : la mise au jour des violences contre les femmes manifeste le maintien de comportements sexistes. Ce débat sur la reproduction des rapports de domination en dépit de ou par la faute de la mixité scolaire, relancé en France à partir du débat sur la parité, remet en cause non seulement l'efficacité du système de mixité pédagogique pour les filles mais tendanciellement, la validité de ses principes au nom d'un développement séparé des sexes.


Roland PFEFFERKORN (Université Marc Bloch)

Filières de formation sexuées, métiers " féminins " et politique de mixité professionnelle

Il s'agira dans un premier temps de mettre en perspective et d'articuler deux questions :
- d'une part, la question de la sexuation des filières en ce qui concerne la formation des filles, en particulier dans le domaine de la formation professionnelle (de l'enseignement professionnel et technologique aux formations d'ingénieur en passant par les diverses formations professionnelles spécifiques de niveau bac + 2 ou bac + 3 ; si le caractère sexué des filières a fortement reculé dans certains cas (professions juridiques, du commerce et de la gestion ou de la santé), il n'a en effet que très peu bougé dans d'autres...
- d'autre part la question de la concentration des femmes dans quelques professions très fémininées : les professions exercées par les femmes sont en effet beaucoup moins diversifiées que celles exercées par les hommes ; ainsi 45 % des femmes actives se retrouvent-elles dans 20 professions seulement sur 455 de la nomenclature détaillées des PCS de l'INSEE.
Dans un second temps, nous examinerons les politiques de mixité professionnelles telles qu'elles ont été envisagées et mises en oeuvre au cours des années 1990 en mettant l'accent sur leurs caractéristiques, leurs limites et surtout leurs contradictions (pour ce faire, nous nous appuierons sur les expériences menées en Alsace.


Marlaine CACOUAULT (Université René-Descartes-Paris V)

Interrogations autour de la mixité dans les professions de l'Education nationale

La mixité dans l'enseignement secondaire, qu'il s'agisse des élèves ou des personnels, a été autorisée, officialisée et généralisée au cours de la période qui s'étend des années 1950 aux années 70. Du point de vue des enseignements dispensés et des examens préparés, les lycées et les collèges de jeunes filles sont restés " spécifiques " jusqu'en 1924, même si des initiatives ont été prises après la première guerre mondiale pour permettre aux jeunes filles de préparer le baccalauréat. Il serait donc cohérent de penser qu'au-delà de cette date et en particulier à partir du moment où filles et garçons, hommes et femmes, fréquentent des lycées mixtes, les mêmes filières d'études, les mêmes spécialités, les mêmes fonctions ont été choisies dans des proportions comparables par les unes et par les autres. Or, des disparités internes correspondant largement aux clivages traditionnels sont observables dans les établissements secondaires (lycées et CES à partir de 1963), non seulement au sein du groupe des élèves mais également chez les professeurs. Cela signifierait donc que le sens premier du terme (ce qui est mixte, selon le Robert, est " formé de deux éléments de nature différente "), s'appliquerait dans une large mesure à la situation qui prévaut dans les établissements scolaires. Il nous semble donc important de réfléchir sur les intentions, les objectifs, les thèmes qui sont centraux dans les débats sur la mixité avant et après la dernière guerre. Pour notre part nous focaliserons l'attention sur les personnels de l'enseignement et de l'administration exerçant dans les lycées et les collèges après la dernière guerre. En effet, la féminisation du " corps " enseignant (au sens quantitatif du terme) ne cesse de croître dans les années soixante et au début des années soixante-dix, alors que, parallèlement, on observe une masculinisation des personnels de direction. Les hommes sont de plus en plus nombreux à la tête des lycées et des collèges, ce qui paraît surprenant puisque le personnel féminin a acquis une légitimité depuis la fin du XIXe siècle et même plus tôt, dans ce type de fonction et de rôle. Pourquoi la carrière de " chef " d'établissement est-elle devenue moins accessible pour les femmes diplômées au moment où la mixité gagne du terrain ? Cette évolution paradoxale est-elle le signe de changements plus globaux concernant la définition des postes et les responsabilités afférentes ? Un partage a-t-il été institué de façon plus ou moins dissimulée entre la fonction enseignante " féminine " et la fonction de direction " masculine " ? Quelles sont les stratégies des hommes et des femmes qui deviennent proviseur ou principal (la dénomination a été " unifiée " au masculin) après avoir exercé le métier de professeur ? Nous proposons d'observer et d'interpréter la mixité chez les personnels de l'éducation nationale (les adjoints et les conseillers d'éducation sont également concernés) à partir de ces interrogations. Pour commencer à y répondre, il est nécessaire de mettre en oeuvre une démarche historique et sociologique et de s'appuyer sur des matériaux d'enquête. Nous avons mené entre 1993 et 1995 une enquête auprès de chefs d'établissements et adjoints dans trois académies et nous disposons de plusieurs enquêtes sur des professeurs, hommes et femmes. Nous souhaitons également dégager des pistes de réflexion dans un domaine qui reste encore largement à explorer.


Claire BAYART (enseignante en mathématiques), Marianne VOLLET-GLESS (conseillère d'orientation, psychologue)

" Les mathématiques, le / la professeur et moi ", Enquête sur les représentations des mathématiques selon le genre auprès d'élèves de collège en situation de mixité scolaire : Projet et hypothèses

Le rapport des filles aux sciences en général, aux mathématiques en particulier, a-t-il évolué de manière positive depuis que, dans les collèges, les professeurs de sciences et de mathématiques sont maintenant en nombre autant de femmes que des hommes ?
Nous avons décidé d'interroger, au moyen d'un questionnaire, des élèves des classes terminales de collège, qui ont un vécu suffisant et en même temps un premier souci d'orientation scolaire et de projet d'avenir. Cette enquête vise à recueillir les représentations et opinions actuelles des élèves sur leurs rapports aux maths, et sur l'image du prof de maths selon qu'il est un homme ou une femme. La mixité de genre est à peine assurée depuis 10 ans au niveau des professeurs certifiés en mathématiques, biologie et sciences physique. Du côté de l'emploi, le recrutement des enseignants par discipline a évolué : la biologie a connu un recrutement féminin en essor rapide dès les années 70 ; depuis 1989, on compte 48 % de femmes certifiées en sciences physique et 54 % en mathématiques.
Bien que notre problématique s'intéresse à l'intérêt des élèves pour les sciences, le questionnaire porte sur les mathématiques parce que cette matière est en pratique et en prestige en France, LA matière représentative de l'ensemble des matières scientifiques, vu son statut scolaire et son rôle de sélecteur socioscolaire. La mixité des enseignants a-t-elle ou non des effets de " désexuation " sur les rapports des élèves aux matières traditionnellement affectées par la division sexuelle ? Si oui, comment expliquer l'érosion des filles dans les filières supérieures ? C'est au collège que la mixité des profs et celle des élèves est de fait à un niveau de quasi-parité. Comment est-elle perçue par les élèves, garçons et filles, aujourd'hui ? L'analyse des réponses au questionnaire veut contribuer au débat actuel de l'intérêt, pour la réussite scolaire et la diversification des choix d'avenir, de la mixité dans l'éducation.



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